Québec : pour des étudiants du Sud global, la pandémie frappe durement - New Canadian Media
Photo du logo de l'Université de Montréal. Les étudiants des pays en développement font face à de nombreux défis au Québec.

Québec : pour des étudiants du Sud global, la pandémie frappe durement

La pandémie a-t-elle renforcée des inégalités systémiques que subissent des étudiants étrangers venant des pays du Sud ? Une étudiante africaine raconte son vécu dans cette première partie d’une série d’articles sur les étudiants internationaux au Québec.

Poursuivre ses études en contexte de pandémie peut chambouler même les jeunes les plus forts. Pour ceux qui viennent des pays en voie de développement, dont des milliers d’étudiants de l’Afrique francophone qui ont opté pour le Québec, la crise sanitaire a creusé des inégalités existantes liées à l’accès aux financements et permis d’immigration. Vivre sans sa famille ni des gens qu’on aime peut rendre l’isolement du confinement encore plus dur à supporter.

D’après Aya, une étudiante africaine à l’une des principales universités montréalaises, « le fait d’être loin de sa famille, de vivre seul ou en colocation, avec des gens avec qui on n’a pas de lien, avec qui on ne parle presque jamais, ça a été très difficile ».

Alors qu’un couvre-feu s’est imposé et tout était fermé, elle et ses collègues espéraient, au départ, que le confinement leur permettrait de se concentrer sur leurs études.

« À peu près tout le monde est entré dans cette mentalité-là. Malheureusement, face à la situation, ça n’a pas été le cas », dit-elle. La situation a plutôt entraîné la perte de motivation, faute d’une vie sociale normale et d’accès aux ressources sur campus.

« Je suis chanceuse d’être déjà en rédaction [de ma thèse], » poursuit-elle.

Aya, qui préfère garder l’anonymat, est étudiante étrangère impliquée dans son université. Son implication l’a sensibilisée aux problèmes d’autres étudiants internationaux. Mais elle a dû faire face à ses propres problèmes.

Le stress financier

« L’université aurait pu s’avérer un peu plus compréhensive à ce sujet, mais au lieu de diminuer les frais de scolarité en raison de la crise financière qui est venue avec la pandémie, l’Université les a augmentés, » dit Aya.

Travailler à mi-temps n’est guère assez pour assumer ses frais pouvant aller jusqu’à 30 000 $ par année. Étudiante de maîtrise, Aya a du mal à accéder aux bourses et aux exemptions des droits de scolarité exigés des étudiants étrangers.

« Des étudiants africains comme moi ne sont pas favorisés pour ces réductions, » dit-elle.

Au Québec, les étudiants africains, souvent francophones, tels qu’Aya, paient cinq fois plus cher que leurs homologues français et belges qui, quant à eux, profitent des accords avec le gouvernement québécois qui réduisent leurs frais au taux payé par un étudiant québécois. Alors que tous les étudiants européens francophones sont exonérés des frais internationaux, des seuils imposés sur des étudiants originaires des pays comme l’Algérie et le Congo-Brazzaville limitent leur accès au même privilège.

Aucune des universités principales du Québec n’a réduit les frais facturés aux étudiants étrangers en contexte de pandémie, et ce, malgré la transition vers l’enseignement à distance et alors que certains d’entre eux se retrouvent bloqués dans leurs pays d’origine. En outre, des étudiants étrangers — à l’exception des Français et d’autres citoyens européens – n’ont pas droit d’accès au système de santé publique sous la Régie de l’assurance maladie ou la RAMQ. Sans RAMQ, ceux-ci doivent s’acheter une assurance privée qui peut leur coûter plus de mille dollars par année. Dans certaines universités, des étudiants qui se trouvent en dehors du Canada ont l’option d’annuler ou reporter leurs cotisations.

Les frais de scolarité et d’assurance médicale s’accroissent par année. Vivre dans un pays étranger où le coût de la vie est souvent beaucoup plus élevé que chez eux peut devenir une véritable lutte pour s’en sortir, ajoute Aya. Aux frais de scolarité s’ajoutent le loyer, les épiceries, des frais médicaux … elle a dû solliciter l’aide de sa famille. En pleine pandémie, ça n’a pas été facile, bien qu’elle tienne à souligner que son propre vécu n’est pas forcément celui d’autres étudiants qui s’adaptent à la situation de manière différente.

« Chez nous, mes parents ont d’autres problèmes que de m’envoyer des virements, » dit-elle. Elle souligne les problèmes économiques et l’instabilité politique que connaissent plusieurs pays d’Afrique ces derniers temps. Dans plusieurs pays africains, la crise sanitaire coïncide avec la période des élections, synonyme de tension politique. Elle et ses amies de la Côte d’Ivoire et du Sénégal s’inquiètent pour le sort de leurs familles, espérant que la crise ne s’aggrave pas.

Aya attire l’attention sur « les crises sociopolitiques et économiques qui ont touché également les pays d’origine des étudiants étrangers ».

« On suit de près ce qui se passe là-bas, même ici au Canada… ça touche mentalement ».

Des inégalités s’accroissent

Depuis plus d’un an, des étudiants internationaux à l’Université de Montréal ont dû supporter des retards importants sur le renouvellement de leurs permis et d’autres difficultés à cause de la fermeture des frontières, d’après Quentin de Dorlodot, l’attaché politique du Syndicat des étudiant.es salarié.es de l’Université de Montréal.

L’automne dernier, ceux qui se sont retrouvés coincés dans leurs pays d’origine avaient également du mal à obtenir ou renouveler leur Numéro d’Assurance Sociale. Les étudiants étrangers en ont besoin afin de pouvoir travailler à temps partiel, ce qui sert à combler leurs frais de scolarité et de subsistance pour beaucoup d’entre eux. En pleine pandémie, cette démarche est devenue un véritable cauchemar, ajoute M. de Dorlodot.

L’Université de Montréal avait décidé de les embaucher sur campus en tant que travailleurs autonomes en attendant que leur statut soit réglé. Étant exclus de la convention collective du syndicat, ceux-ci n’avaient pourtant pas les mêmes droits ni les salaires que reçoivent d’autres travailleurs étudiants.

« Non seulement qu’on augmente les frais de scolarité des étudiants étrangers, en plus on baisse leur salaire quand ils travaillent ». dit M. de Dorlodot. « Honnêtement, c’est révoltant ».

Cédant aux revendications du SÉSUM, l’Université a finalement décidé de leur accorder les mêmes droits de travail selon la convention collective du syndicat.

De tels problèmes ont pourtant existé bien avant la pandémie, poursuit M. de Dorlodot.  La pandémie n’a fait qu’accentuer les inégalités de longue date liées à l’accès aux financements, aux services de santé et aux permis d’immigration. Des étudiants provenant des pays en voie de développement en ont plus subit les conséquences.

Dieudonné Ella Oyono, économiste à l’Université du Québec à Montréal, fait le même constat : la crise sanitaire risque d’accroître certaines inégalités.  En refusant de diminuer des frais internationaux en pleine pandémie, des universités auraient pu anticiper un confinement plus court que ce qui s’est passé en réalité. Elles devraient revoir et réajuster ces frais, certes pour ceux qui ne sont pas dans le territoire canadien, mais qui se retrouvent avec la même facture.

Originaire du Gabon, M. Oyono était lui-même étudiant international.  Il dit que le Québec devrait cibler davantage les bénéficiaires des bourses et exemptions des droits de scolarité en favorisant des étudiants des pays en développement qui sont vraiment dans le besoin.

« Avant la pandémie, venir étudier au Canada était déjà réservé à des gens ayant les moyens financiers de le faire. Actuellement, ce sont ceux qui ont les moyens de venir étudier qui bénéficient encore de ces incitatifs ; c’est totalement inadmissible ! »

Cet article a été publié initialement en anglais.

About the author

Ayant travaillé pendant quelques années dans le secteur à but non lucratif à Manille, Christopher écrit sur l'aide et le développement international, les droits de l'homme, l'immigration et les conflits armés dans divers contextes. Il est membre de la coopérative NCM-CAJ et travaille comme journaliste indépendant. Christopher poursuit actuellement un doctorat en histoire à l'Université McGill au Québec.

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